Le Café Littéraire

Le Café Littéraire est une institution en Russie. Tout ça parce que c’est le dernier endroit où Pouchkine a bu un godet avant d’aller s’empaler sur l’épée d’un dude (en même temps il était dramaturge et poète, ça fait sens). Bref, ma grand-mère m’avait suppliée d’aller pour elle manger au Café Littéraire, parce que c’est un de ses endroits préférés à Saint-Pétersbourg. Alors comme je suis une petite-fille adorable, j’y ai trainé Mick.

En fait je mens. On est tombés dessus par hasard. On avait prévu d’y aller, mais un autre jour. Sauf que comme on sortait de 3 heures de visite à l’Ermitage, on a remis notre projet en question, et on a poussé les portes de cette institution.

Terrasse en longueur sur la droite, séparée de la rue par une grille, et entrée face à nous : un homme nous accueille au vestiaire et nous somme de lui laisser nos manteaux, moyennant de l’argent. Comme accueil, on a carrément vu mieux. Le Café Littéraire est déjà un endroit cher par rapport au reste de la ville, on a pas envie d’en plus laisser 4 balles à un type aussi désagréable. Surtout pas pour lui laisser nos manteaux, alors qu’on veut manger en terrasse (il fait super beau).

Un autre collègue à lui, vachement plus sympa, arrive, calme tout le monde et nous place en terrasse. Sur des grandes tables rondes couvertes de nappes blanches. On est morts de rire parce que c’est un peu le genre de restaurant où on ne mangerait jamais à Paris.

café littéraire

Les entrées

Je commande en entrée des blinis au caviar blanc, Mickaël choisit les toast de pomme de terre au hareng (miam, je vais lui en piquer !), et en plat je choisis une salade de saumon et lui la salade Olivier. Ouais, je suis très poisson aujourd’hui.

Les blinis

A Pâques, chaque année chez moi, on fait des blinis. Mais chez moi, ils sont petits, très épais, et sentent fort la levure (et aussi on porte pratiquement un toast à chaque bouchée). Ici, en fait de blini, ce sont deux crêpes souples et claires qui arrivent. Pas tout à fait comme les crêpes de froment en Bretagne, mais ça y ressemble plus qu’aux blini des Sokolov.

Le pot de caviar est un petit pot en argent fin, celui de la crème un pot en céramique blanche, le tout servi sur une grande assiette blanche. Le service est raffiné, j’ai un peu l’impression d’être la Reine. Les toutes petites perles de caviar éclatent dans ma bouche et répandent la crème, retenue par la crème toute souple. J’ai envie de les croquer, de les claquer sous le palais, de les laisser fondre sous la langue. Ces petites boules (un peu visqueuses, qu’on s’entende) sont franchement délicieuses. Un des plats les plus raffinés que j’ai mangés de ma vie. Je regrette presque de ne pas avoir pris ça en plat.

Les toasts de hareng

Les toasts de hareng se présentent comme ça : bébé branchinette d’aneth, sur bébé triangle de pomme, sur une fine tranche de hareng mariné, sur une fine tranche de pomme de terre, sur une fine tranche de pain. Noir, le pain. Berk. Je vais faire semblant d’avoir rien vu. Enfin bref, tu l’auras compris, la finesse est de rigueur. Mickaël n’a pas l’air fan de l’affaire, qu’à cela ne tienne, moi oui ! Je mange presque la moitié de son entrée. La pomme de terre est cuite mais reste un brin craquante, comme antithèse du fondant du hareng à la fois salé, acide et doux. La petite aneth arrive à la fin mais moi je craque total sur l’aneth alors impossible de résister. J’ai juste laissé les bouts de pain parce que vraiment, pour moi, le pain noir c’est pas possible. C’est le noir du malheur, de la fin de l’espoir, de la chaussette dans la tong. Bref, je m’égare.

Les plats

Partent nos entrées, viennent nos plats. Au Café Littéraire, le service est élégant : on nous débarrasse subtilement, comme si vraiment le serveur devait se faire remarquer le moins possible.

Ma salade de saumon est jolie quand elle arrive, parce qu’il y a du saumon et de la salade dedans. Il y a aussi des éclats de pain noir (les pauvres, ils ne savaient pas), et des cubes de gelée rouge foncée. Enfin, quelques graines de lin saupoudrent l’affaire.

La salade est globalement bonne : le pain noir est grillé, alors ça fait surtout du craquant dans la salade, un genre de croûton healthy, et de toute façon le goût est un peu masqué par celui du saumon. En revanche, mon grand questionnement, ce sont ces petits cubes de gelée. Qu’est ce que c’est ?! Qui a fait ça ? On dirait de la jelly au jus de betterave. Pas très vendeur, n’est-ce pas ? C’est comme ça que je l’ai vécu.
La salade Olivier de Mickaël est délicieuse, mais ça c’est lui qui le dit. Parce qu’il a bien vu mon comportement immature avec ses toasts au hareng, du coup il ne m’a jamais laissé goûter, et je n’ai même pas eu le temps de prendre en photo.

Verdict

Je comprends que ce soit l’endroit préféré de ma babouchka à moi à Saint-Pétersbourg. La nourriture est bonne, et certes plus chère que dans d’autres restaurants russes mais moins chère qu’elle ne l’aurait été en France.

Et puis, le Café Littéraire, on n’y va pas uniquement pour les plats raffinés : on y va aussi pour savourer un peu de soleil sur Nevsky Prospect, pour l’élégance des tables et des service (mais pas du vestiaire), et pour la statue de Pouchkine à l’entrée, qui m’a fait bien rigoler avant que je me rende compte que ce n’était pas une personne excentrique qui déjeunait dans le hall.

A lire aussi