Stylisme culinaire : que deviennent les restes ?

Stylisme culinaire

Certains d’entre vous ici savent que depuis un an, je fais du stylisme culinaire. 

Certains d’entres vous ici me suivent sur Instagram, ou sur Facebook, ou sur les 2. 

Et certains d’entre vous m’ont récemment vue, sur Instagram, poster en story des appels à venir chercher des sacs de nourriture, genre de panier-repas, à récupérer sur un tournage sur lequel je travaillais. Comme vous êtes finalement assez nombreux à être venus, et que je ne connaissais pas la plupart d’entre vous, j’ai voulu répondre à des questions qu’on m’a posée, ou pas, et auxquelles je pense quand même nécessaire de répondre. 

Le stylisme culinaire, qu’est-ce que c’est  ? 

En fait, ça englobe deux métiers qui sont très différents puisque le métier de styliste culinaire pub/packaging et celui de styliste culinaire édition/presse sont totalement différents. 

Un.e styliste culinaire presse ou édition, c’est celui ou celle qui réalise des recettes pour en faire des photos dans des livres de recettes, des magazines de cuisine (Elle à Table, Saveurs, Régal, Cuisine et Vins de France…) Parfois, le styliste culinaire crée la recette, mais parfois celle-ci est imposée par des auteur.trices culinaires. Concrètement, le stylisme culinaire, c’est donc de réaliser une jolie assiette, bien présentée, dans de la belle vaisselle, et éventuellement de créer des ambiances avec des nappes, des accessoires, des lumières… Pour Noël, par exemple. 

Les stylistes culinaires ne prennent pas les photos, ils travaillent avec les photographes ! Chacun son métier 😉 

stylisme culinaire edito
stylisme culinaire vidéo

Un.e styliste culinaire pub et packaging se rapproche plus d’un technicien culinaire, en réalité. Lorsqu’on travaille pour de la publicité, on travaille la plupart du temps pour des grandes marques (dans mon cas, par exemple, Cassegrain, Gerblé, Domino’s Pizza, Grand Frais…) qui allouent aux publicités des budgets très conséquents. On attend donc un rendu absolument parfait, des textures extrêmement précises, rien ne doit être laissé au hasard.

Les stylistes culinaires pub ont la réputation de « tricher » énormément, en utilisant par exemple de la mousse à raser en guise de glace, de la colle, des colorants… En réalité, il y a deux écoles. Une première école où, effectivement, on triche beaucoup et surtout beaucoup avec des matières artificielles. Dans une seconde école, on triche encore, mais toujours avec des produits comestibles (mais je ne vais pas vous livrer tous nos secrets non plus, sinon c’est pas drôle).

Voilà pour l’explication sur ce que l’on fait. 

Pourquoi autant de nourriture sur un plateau de tournage ? 

Lorsque vous êtes venus sur le tournage chercher vos petits (et gros) paniers, certains d’entre vous ont aperçus les frigos et la cuisine en général, qui ressemblait à une usine à bouffe. 

Sur ce tournage (mais ça fonctionne à peu près pareil pour tous les tournages), qui n’était pas tout à fait de la pub, on cuisinait entre 4 et 5 recettes par jour. Et chaque recette comprend environ 6 ingrédients. 

Sauf qu’en vidéo, il y a souvent besoin de plusieurs prises. Et la nourriture est une matière vivante, qui réagit à la lumière, à l’air, etc. On achète donc tous les ingrédients de chaque recette en double, plus souvent même en triple, voire parfois en quadruple ou plus (pour les herbes fraîches, par exemple, qui vivent très, très peu longtemps, surtout sous un spot).
Et pour la plupart des aliments qu’on utilise et qui seront montrés à l’écran, on fait un « casting », c’est-à-dire qu’on choisit le plus bel exemplaire qu’on trouve, le plus parfait. C’est pourquoi on peut être amené à ouvrir 3 paquets de jambon pour n’en choisir que 2 tranches !

Voilà pourquoi il y a autant de nourriture sur un plateau de tournage.

casting stylisme culinaire

En ce qui concerne les shooting photo presse et édition, c’est très différent. Ce n’est pas de la pub, c’est de la cuisine faite maison et familiale. Chaque recette est donc achetée en une seule portion, et même parfois moins ! Toutes les recettes sont données pour 4 personnes, mais il arrive que sur la photo, on ne montre qu’une assiette. On divisera alors la recette par 4, et donc logiquement les quantités achetées.

Que devient toute cette nourriture ? Pourquoi ne pas la distribuer à des associations ?

En shooting photo presse/édition, la plupart du temps, tout est mangé. On mange à la pause déjeuner les plats préparés le matin ou la veille, et on emporte le reste à la maison. 

En shooting ou tournage publicité, on est soumis à l’attente de la validation du client final (une chaîne de télé, la marque pour laquelle on fait la pub…), qui n’est pas toujours immédiate. Les plats ne peuvent pas être consommés le midi. 

Le stylisme culinaire implique que les plats sont parfois maquillés avec des produits qui, même s’ils sont comestibles et ne rendent pas malade, altèrent le goût et le dénaturent. On ne peut pas manger ces plats-là non plus. 

Il nous reste alors toutes les versions du plat qui n’ont pas été tournées, qui n’ont pas été maquillées, ainsi que tous les paquets ouverts, les fruits et légumes déjà coupés dont on ne s’est pas servis, des produits frais (yaourt, crème, oeufs) périmés du jour-même ou de la veille… Ce sont autant de produits alimentaires qu’on ne peut pas distribuer à des associations en raison de leurs règles d’hygiène strictes. Elles ne peuvent pas accepter de paquets de jambon ouverts, des yaourts de la veille, d’oignons coupés. 

Je refuse cependant de jeter toutes ces quantités de bouffe, alors voilà comment on procède : de base, à la fin d’une journée, chaque membre de l’équipe ramène chez lui ce qui lui fait plaisir. Il prend la quantité qu’il veut, pour une ou pour quatre, pour ses amis et sa famille si on veut. 

Quand je ramène, je ramène systématiquement chez mes beaux-parents, parfois pour ma mère, si je suis en shooting près de chez une copine, je prends pour elle… C’est ce qui fait qu’on repart généralement très, très chargé.e.s. 

Pourquoi ne pas donner aux sans-abris, aux gens dans la rue ? 

Une grosse partie des produits sont des produits bruts, pas cuits, et pas comestibles tels quels (viande rouge crue, poulet entier cru, oeuf, herbes fraiches, crème liquide, beurre). On pourrait les cuisiner, mais on n’a absolument pas le temps sur les tournages, il nous faudrait une personne supplémentaire pour ça ! 

En ce qui concerne des produits comestibles tels quels (fruits, charcuterie, fromage, salades…), j’ai déjà essayé (et parfois réussi !) à donner à des gens dans la rue. Mais très sommairement se posent deux problèmes : celui de trouver à qui donner, et celui de pouvoir tout porter. C’est dur à dire et peut paraître très égoïste, mais c’est une réalité. Quand je suis en tournage ou shooting près d’endroits où je sais que dorment des gens dans la rue, je prends pour ces gens-là, autrement c’est trop compliqué. 

VOILÀ. Vous savez maintenant tout sur le stylisme culinaire (enfin disons 1%). Vous savez pourquoi vous êtes venus chercher autant de bouffe ces dernières semaines.

Je n’ai pas tout compté, mais à la fin de la semaine du 16 décembre, je pense qu’on a distribué plus de 7 kilos de nourriture.

Les lieux changent, on n’est pas toujours aussi reculés qu’au fond du 14ème… Alors pour ceux qui n’ont pas pu venir ces fois-ci, la prochaine sera peut-être la bonne 😉

En tout cas, merci, de vous être déplacé.e.s, que vous habitiez à côté ou que vous ayez mis des heures en bus… MERCI de nous avoir aidé à ne pas gaspiller toute cette nourriture !

ps : pour ceux qui voudraient récupérer des trucs, n’hésitez pas à me suivre sur Instagram @eating.with.ada. Les shooting reprennent à partir de fin janvier, cette fois dans le nord-est de Paris !

Bisous !

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