Qu’est ce qu’on mange à la Pâque Russe ?

Oeufs de poissons, malossols et crème pour la pâque orthodoxe

Qu’est ce qu’on mange à la Pâque Russe ?

Quand j’étais petite, Pâque avait tendance à me déprimer un peu. Je ne sais pas pourquoi, je me sentais triste. Peut-être à cause de la messe avec le feu, peut-être parce que j’étais l’enfant au milieu d’adultes qui parlent fort et surtout pas à moi. Mais depuis que je suis en âge de boire de la vodka, et depuis que j’ai vraiment compris que la cuisine Russe est délicieuse, il faudrait me payer cher pour rater Pâque. 

En préambule

On a ouvert les hostilités samedi soir, juste avant que ma grand-mère aille à la messe. Techniquement, c’est encore carême (la période de jeûne des catholiques). Ce repas n’est pas supposé être très fastueux. Ma grand-mère nous a donc préparé un repas light : un bortsch maison. C’est une soupe traditionnelle russe, et un de mes plats préférés (tu t’en souviens, je t’en parlais ici). Une soupe à base de bouillon de boeuf, de betterave, de chou, et évidemment pour ceux qui en rajoutent (genre moi), de crème fraîche. Un régal.

Là-dessus on a mangé un peu de pâté en croûte (enfin eux, parce que moi ça me révulse), du fromage, et au lit.

Mon bortsch chéri au chou et à la betterave
Assiettes de pirojki pour l'apéro

Les piroshki (pirojki)

Samedi midi, on recevait nos cousins russes. En amuse-bouche, ma grand-mère avait fait deux plateaux de piroshkis. C’est la version russe des piroguis, un genre de chausson à la viande. En fait, c’est vachement mieux que ça. On fait les piroshkis avec la viande du bortsch (puisqu’elle ne sert qu’à faire le bouillon), et on y ajoute de l’oeuf, de l’aneth, de l’oignon etc. La pâte est une sorte de pâte brisée croustillante dorée à l’oeuf et ça fait la taille de deux petites bouchées, c’est vraiment délicieux. Avec ça, on ouvre une demie-douzaine de bouteilles de vodka (la vodka à l’orange, la Stolichnaya; la vodka Bison, la Zubrowka; la Rusky Standart, etc, etc). Et à chaque pirojok, un toast. Comprendre un shot de vodka, porté à l’honneur de quelque chose ou quelqu’un.

Les blini

On se limite à deux piroshki par personne (quoique comme j’ai aidé à débarrasser, j’en ai eu deux en rab dans la cuisine), parce que la suite arrive. On passe à table.
En entrée, des blini faits maison par ma babouchka. On les sert avec un milliard de choses à étaler dessus : du tarama maison, nature et citronné, qu’on a passé une heure à préparer la veille en grattant les oeufs séchés de cabillaud. D’ailleurs, j’ai bien eu confirmation qu’il n’y a pas de crème fraîche dans la recette du tarama. A bon entendeur…

On a aussi des oeufs de truite, des oeufs de saumon, des gros malossols à la Russe (et celui qui me dit que c’est un cornichon va en enfer), du thon cru, du hareng fumé, de la crème, du saumon… Ca déborde tellement il y a de petits pots sur la table. D’ailleurs, au milieu de la table, il y a aussi un gros bol d’oeufs dur colorés. Ca aussi, ça fait partie de la tradition.

Tarama maison : les oeufs de cabillaud grattés
Oeufs de poissons, malossols et crème pour la pâque orthodoxe

Sur mes blini, moi je commence toujours par une goutte (enfin une louche) de beurre fondu, un peu de crème, et des oeufs de poissons. Les oeufs de truite sont plus petits et plus fermes, ceux de saumon plus gros et plus gras. Dans les deux cas, j’adore quand ça éclate dans la bouche et que ça coule entre du malossol craquant et de la crème fondante. Parfois, je rajoute une tranche de saumon (si elle est assez fine), parfois du tarama, parfois  juste un bout de hareng. Je commence à comprendre pourquoi on parle de foodporn.

Salades, fromages.

Il faut se limiter à deux blinis parce que souviens-toi, c’est que l’entrée. Enfin j’aurais pu en manger plus, mais alors toute la famille m’aurait jugée, et en plus on aurait dû attendre que j’aie fini mon assiette pour débarrasser tout le monde et j’aurais sûrement été déshéritée. La suite, c’est une multitude de salades, ainsi que de la viande froide servie avec de la mayonnaise maison bien rigide. Comme viande, on a du gigot, et du rosbif bien tendre.

On a d’abord la salade tomate/avocat/pamplemousse/laitue (j’avoue je suis pas fan de celle-là, je trouve que le pamplemousse et la tomate ça ne va pas ensemble). Ensuite on a la salade de lentilles à l’orange, ça c’est la salade fétiche de ma mère. Avec dedans aussi des petits lardons, de l’oignon, et de la coriandre. Très frais, très bon. On a aussi du taboulé libanais (j’ai pas bien compris ce que ça faisait là mais ma grand-mère adore ça je crois, et puis j’avoue que c’est rafraîchissant au milieu de tous ces plats lourds).

Après, c’est la tournée des fromages. On démarre avec une petite bûche de chèvre cendrée. Je trouve que c’est technique, la bûche, parce que souvent le fromage est trop frais et trop dur au milieu. Moi, ma partie préférée, c’est le juste un peu coulant entre le coeur et la croûte fine.

Ensuite, on a de l’Abondance, un des rares pâtes dures que j’aime vraiment beaucoup. Sur un bout de baguette bien croustillante, avec une lichette de gelée de coings, mon dieu mais je vendrais mon enfant.
Après vient le camembert fermier mais je suis déçue parce qu’il n’est pas assez fait. J’aime bien quand les gens râlent quand je l’ouvre. Genre quand ça coule un peu, que je le trouve trop fort à la première bouchée.
On a aussi un Mont d’Or pour le coup, vraiment très fait. Tellement qu’on se sert à la cuillère et qu’il coule comme la Seine en Normandie (et il n’est pas passé au four, je précise).

Assortiment de fromages : camembert, emmental, abondance

Tu croyais qu’on avait fini ? Non, jamais sans une touche sucrée. On clôt le repas avec deux spécialités pascales russes. De la pashka, et du koulitch. La pashka, c’est une sorte de cône de fromage blanc à l’amande. C’est très ferme, très gras, assez sucré, mais vraiment délicieux. Souvent, on dessine des formes dedans, ou on plante des fruits confits pour représenter la croix. Et on la sert donc avec du koulitch, un gâteau haut cylindré aux fruits confits la plupart du temps. Même si moi je préfère nature. Ce gâteau a souvent un fort goût de levure (qu’on retrouve un peu dans les blinis d’ailleurs), j’en suis dingue. Je n’en mange qu’un tout petit peu, parce qu’après tout ce que je viens d’engloutir j’ai plus trop de place.

Après ça, ma mère s’endort dans le canapé, les petits cousins râlent parce que personne ne veut jouer au ping-pong avec eux, ma tante joue de l’accordéon, et mon arrière grand-père enchaine des verres de vodka dans son gros fauteuil, en marmonnant “don’t worry, be happy”. Don’t worry, moi je suis happy.

3 Commentaires sur “Qu’est ce qu’on mange à la Pâque Russe ?

  1. mg says:

    quel bell article, ça m’a donné envie de ressortir la vodka aux bourgeons de bouleau et de me faire des pirojkis (sauf erreur de ma part, les pirojkis sont des petits piroguis point barre). Et des blini… Quand-est ce que tu testes les pielmeni (raviolis russes) ?

    • adeschanel says:

      J’avais goûté à Saint-Petersbourg ! Qu’est ce que c’était délicieux, je rêve d’en retrouver ici. J’essayerai peut-être d’apprendre à les cuisiner pour l’année prochaine, il paraît qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même 🙂

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